Syndicalisme et pédagogie : bilan du stage pédagogies alternatives à Dijon

samedi 24 février 2018
par  Sud Educ Bourgogne

Pour certains syndicats, l’heure n’est pas à faire des stages de pédagogie, et pour de nombreux collègues, ce n’est pas aux syndicats de faire des formations pédagogiques, il ne faut pas tout mélanger.... 
Et pourtant depuis quelques années à l’initiative de SUD éducation et de la CNT, les stages PASE (pédagogies alternatives et syndicalisme d’émancipation) se multiplient et sont porteurs d’une forte dynamique, alliant des militants syndicaux et pédagogiques : SUD, CNT, parfois SNUIPP, GFEN, ICEM, AFL, Questions de Classe(s)...
Il ne s’agit pas de remplacer l’administration et d’assurer la formation des collègues à leur place (bien qu’il y ait de quoi faire...) mais réellement de s’interroger sur l’articulation entre les pratiques syndicales et les pratiques pédagogiques, de réaffirmer leur lien historique, dans l’idée que notre syndicat qui est d’une part un syndicat enseignant et d’autre part un syndicat se revendiquant de transformation sociale ne peut faire l’impasse sur cette question de la pédagogie, c’est à dire de nos pratiques quotidiennes, notre outil de travail, dans une perspective d’émancipation.
En octobre 2016, Sud Education 89 avait organisé un stage « Pédagogies coopératives de la maternelle au lycée » dans l’Yonne, et le 8 et 9 février dernier, un stage « Pédagogies alternatives » a eu lieu à Dijon, organisé par SUD éducation Bourgogne.

Luttes sociales et pédagogie quelle histoire !

Pour commencer, Nicolas Hernoult du collectif Questions de classes(s) et Pascal Diard, détaché au GFEN, tous deux militants SUD éducation en région parisienne replacent quelques jalons historiques. Petits rappels qui font du bien à propos de l’’école de Jules Ferry, à contre pied des relents nostalgiques « réac-publicains » de « l’école d’antan, quand c’était mieux avant, quand les enfants savaient écrire... ». Ils citent Jean Foucambert dans « L’école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure. Par ceux qui la transforment ». Ainsi donc, pour replacer les choses dans leur contexte : c’est au lendemain de la Commune de Paris que « l’école de Jules Ferry » a été instaurée, Jules Ferry était alors maire de Paris et fervent opposant à la Commune. Cette école « de la République » est une école POUR le peuple, et non DU peuple : instrument au service du maintien des rapports sociaux, de la bourgeoisie et qui entend bien faire taire les idéaux de révolution. C’est une école qui instruit, mais pas trop, qui instaure l’autorité forte du maître détenteur du savoir, de l’institution. C’est l’école de la méritocratie, qui avec le fameux ascenseur social, en permettant de petites porosités entre les classes sociales, encourage la réussite individuelle et la compétition de chacun-e contre chacun-e au détriment de la coopération, de la lutte collective, de la remise en question des rapports sociaux et des inégalités qu’ils génèrent, du principe même de classes sociales. JPEG - 13.9 ko Fin 19e, c’est aussi l’époque de la création des bourses du travail qui étaient au départ des lieux de placements des ouvriers et qui deviennent de véritable lieux d’éducation populaire, notamment avec Fernand Pelloutier. : des bibliothèques s’y développent, des conférences, des spectacles, des cours du soir... Elle deviennent des lieux importants de réflexion sur les moyens de production et de transmission du savoir avec l’éducation mutuelle : système de tutorat où les premiers apprenants transmettent aux suivants au sein de groupes de travail. Système de transmission mais aussi de production du savoir très efficace ... et qui échappe au institutions. Le courant syndicaliste-révolutionnaire était majoritaire dans les bourses et considérait que la structuration syndicale des bourses favorisait la conscience de classe des travailleurs des différentes professions réunies et permettait de développer une autonomie politique et culturelle de la classe ouvrière. Et c’est bien en cela que la pédagogie peut-être émancipatrice : dans la mesure ou elle permet non seulement la transmission, mais aussi la production du savoir qui n’est plus monopolisée par les élites.
Nous continuons avec l’histoire de Célestin Freinet, instituteur qui enseigne avec la volonté de modifier la société suite à l’horreur de la première guerre mondiale : abolir la transmission verticale du savoir, l’uniformité des contenus. Ses axes de travail se basent sur l’expression libre, les classes promenade, l’ imprimerie, les méthodes naturelles et le tâtonnement expérimental, le respect de l’enfant, la liberté et la vie collective. Même si son expérience pédagogique est révolutionnaire, il ne pense pas qu’elle suffise à transformer la société et il est également un militant syndical et politique très engagé.
Un peu plus tard, la Pédagogie Institutionnelle (Jean et Fernand Oury) apporte encore beaucoup en s’interrogeant sur comment adapter la pédagogie Freinet (de campagne), aux écoles de ville, avec les apports de la psychanalyse. Elle repose sur trois piliers que sont les techniques, le groupe et l’inconscient.
Nous évoquons d’autres expériences et d’autres grands pédagogues : Fransisco Ferrer en Espagne, Paulo Freire et Augusto Boal en Amérique du Sud, Jacotot...

Aujourd’hui, différents mouvements pédagogiques puisent leurs racines dans cette histoire et sont engagés :

  • Le GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle) en appui sur les travaux de différents pédagogues et chercheurs notamment socio-constructivistes (Langevin, Wallon, Bassis, Piaget, Vygotsky...) prône le « tous capables ! » , apprendre à penser le monde pour mieux le transformer.
  • L’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) créé par Freinet en 1947 se refuse à être une méthode figée, mais continue par le biais de chantiers, d’échanges de pratiques, de stages, banques de ressources à faire vivre la pédagogie Freinet.
  • L’AFL (Association Française pour la lecture) : « lecturisation » plutôt qu’alphabétisation, apprendre à penser avec la lecture : gros travail sur la littérature de jeunesse, implantation de BCD...

Bref, penser la pédagogie, ce n’est pas que penser des outils, l’important c’est l’intention, c’est ce que l’on veut en faire : c’est politique. Penser le politique.

Aujourd’hui, attention aussi aux imposteurs qui récupèrent des outils, vidés de leur sens... avec des intentions toutes différentes et l’apparence des pédagogies coopératives et émancipatrices que nous défendons. Comme par exemple les écoles Espérance Banlieue ou les superstars des neurosciences... sous couvert « d’alternatives » ils défendent « les compétences », les « projets », « l’autonomie » et « la liberté »... mais ont en fait un tout autre projet politique et sont soutenus par des fondations et think-thank ultra-libéraux ... Pourtant ces termes sont aussi utilisés en pédagogie Freinet mais ne portent pas du tout le même sens, ni les mêmes intentions que dans une pédagogie managériale que nous combattons !
Luttes pédagogiques et sociales... vaste sujet que vous pouvez approfondir en lisant N’autre école la revue ou le blog Questions de classe(s).

En pratique

Une matinée à théoriser sur la production du savoir, l’émancipation, l’auto-socio-constructivisme et la finalité de notre métier, c’est bien c’est nécessaire, oui mais après en classe, concrètement, on fait quoi ?

  • 6 ateliers proposés, très concrets pour sortir des démarches transmissives, frontales, expérimenter la force du collectif, éprouver nos capacités d’expérimentation et de construction du savoir autrement, avec plus de liberté, s’exprimer ... : apprendre à lire en polonais (pour se mettre à la place d’un lecteur débutant, GFEN), re-création de texte (GFEN), texte libre (ICEM 71), créations mathématiques (ICEM 71), création artistique (ICEM 71), tâtonnement expérimental (ICEM 71).
  • Dernier après-midi, on se met en cercle pour échanger autour des différents outils de gestions de classe exposés par l’ICEM : Quoi d’neuf, conseil, gestion de l’espace, plan de travail, gestion de conflits, estime de soi (Agenda Coop OCCE )
    ... et bilan du stage : on se place dans la salle suivant notre degré de satisfaction pour les différents moments du stage, et ça penche fort du côté de la satisfaction !

Faire des stages sur la pédagogie c’est réinscrire le syndicalisme enseignant dans son histoire et donner aux collègues - trouver ensemble en tant que collègues - des moyens pour se ré-approprier notre outil de travail, c’est aussi comprendre les enjeux qui se cachent derrière les réformes « pédagogiques » , véritables serpents de mer d’une politique néo-libérale dévastatrice que nous combattons dans la rue comme dans la classe.

SUD Éducation 89


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