La souffrance au travail dans l’éducation nationale

vendredi 21 novembre 2014
par  Sud Educ Bourgogne
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L’Education Nationale a reconnu 5 suicides comme accidents du travail depuis 2010, mais dans la grande majorité des cas, c’est l’omerta qui prévaut, chaque acteur du système qui aurait pu constituer un facteur déclencheur par une action quelconque (courrier, remontrances, inspection négative, mauvaise affectation, etc.) se défaussant de toute responsabilité. Le rapport du CHSCT du 30 mai 2012 indique qu’en 2011 une tentative de suicide a eu lieu dans les murs. La même année, la presse a relayé au moins deux suicides effectifs dans les établissements scolaires.

Ces suicides s’inscrivent malheureusement dans une problématique collective, celle de la souffrance au travail liée à la dégradation des conditions de travail et à l’isolement des salarié-e-s dans l’éducation nationale, et plus généralement dans les services publics.

Les exemples de tels drames se sont effectivement multipliés dans les services publics qui ont été récemment privatisés et/ou désorganisés par les politiques libérales (France télécom, la Poste, Pôle emploi, ONF…).

En effet les politiques libérales, en plus de démanteler les services publics et de dégrader les conditions de travail, mettent en place un management qui casse le collectif et fait que les salarié-e-s se trouvent de plus en plus isolé-e-s devant les difficultés.

Voici quelques exemples de politiques qui entrainent de la souffrance au travail dans l’éducation nationale.

1) On transforme les enseignants en simples exécutants de procédures et en évaluateurs

Les dernières réformes transforment les enseignants en exécutants de procédures et en évaluateurs. Ils doivent sans arrêt remplir des livrets d’évaluations, des grilles de compétences, découper le savoir en items à valider… (On ne discutera pas ici de l’idéologie libérale qui se cache derrière ces grilles et livrets)

On assiste de plus en plus régulièrement à des réunions où notre hiérarchie nous tient des discours absolument surréalistes, avec un vocabulaire technique et abscons complètement déconnecté de la réalité de l’enseignement.

Plus aucune place ne reste pour la liberté pédagogique, le plaisir d’enseigner et le plaisir d’apprendre, la complexité du processus d’apprentissage n’est plus prise en compte.

Cette contre-révolution néolibérale du métier d’enseignant s’est en outre faite très brutalement, très rapidement.

— > Les enseignants ont donc le sentiment que les gouvernants nient le sens de leur métier.

2) On donne des objectifs irréalistes, inatteignables

Il s’agit par exemple d’imposer d’une part aux enseignants de travailler une partie du programme sur un logiciel, et d’autre part de ne pas leur fournir les ordinateurs qui permettent d’utiliser le logiciel.

Autre exemple : le programme impose des activités pratiques en sciences, or avec les suppressions de postes les classes ne sont plus dédoublées donc c’est techniquement impossible à mettre en œuvre.

— > On rend ainsi le travail impossible pour les enseignants, on détruit leur travail.

3) On instaure un management insupportable pour les personnels

Actuellement une idéologie managériale prend place dans l’éducation nationale, avec une mise en concurrence des personnels, une division systématique des personnels, une individualisation des rapports hiérarchiques. Il s’agit de casser le collectif pour empêcher la contestation et l’émergence d’alternatives.

— > Les enseignants se retrouvent donc de plus en plus isolés face aux difficultés qu’on leur impose.

La hiérarchie met une pression infernale sur les personnels en prétendant tout rationaliser, tout quantifier avec des indicateurs. Or notre travail au service des élèves n’est pas quantifiable : la complexité du vivant qui est la matière même du métier d’enseignant n’est pas toute représentable, elle est souvent insaisissable, « ne rentre souvent pas dans les cases. »

— > Encore une fois c’est le sens du métier d’enseignant qui est nié

4) On dématérialise les rapports humains

Il y a une omniprésence des nouvelles technologies, on instaure des espaces numériques de travail qui font disparaitre la frontière entre domicile privé et lieu de travail.

On nous demande d’alerter les élèves sur les dangers de l’addiction aux nouvelles technologies et d’un autre côté on demande aux élèves et leurs parents de se connecter tous les soirs sur internet pour prendre connaissance de diverses informations internes de l’établissement, du travail à faire, des résultats d’évaluation.

— > Toutes les études montrent les effets sur la santé psychique des excès de temps passé devant un écran d’ordinateur ou de télévision

5) On ne prend pas en compte les difficultés des élèves, on gère les élèves comme des flux.

On ne prend pas en compte les difficultés des élèves, et ce dès la maternelle. La disparition des postes de Rased, de psychologues scolaires, associée à la réduction inouïe des postes d’enseignants et des personnels de vie scolaire, font que les adultes d’un établissement ne peuvent plus aider leurs élèves.

— > Cela cause évidemment un immense désarroi dans la communauté éducative : « pensent-ils là-haut que nous sommes insensibles à la souffrance de nos élèves ? »

Les exemples de désorganisations du travail entrainant de la souffrance chez les enseignants sont encore nombreux.

Face à cela, il n’y a qu’une solution : résister aux politiques destructrices mises en place et revenir vers la solidarité au travail, recréer du collectif pour aider nos collègues et nous aider le jour ou nous serons en difficulté.


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