Travailler moins pour travailler tou-te-s !

jeudi 19 juin 2014
par  Sud Educ Bourgogne
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Notre temps de travail explose !

Nous constatons tous les jours que notre charge de travail ne cesse d’augmenter et de se diversifier. Désormais, au-delà des tâches de préparation et de gestion des cours, se développe un ensemble de contraintes et d’activités « annexes », dévoreuses de temps : conseils, réunions, concertations, organisation de CCF, conférences informatiques, orientation, remplissage de livrets papiers et numériques divers, traitement d’innombrables mails « professionnels », sans même parler de l’autoformation inévitable avec la quasi-disparition de la formation continue (qui se déroulait auparavant sur le temps de présence). Si quelques-unes de ces tâches sont utiles, la plupart ne le sont pas : certaines sont absurdes, d’autres sont infantilisantes, d’autres encore nuisent à notre travail réel ou à la progression des élèves, d’autres enfin ne correspondent pas à nos qualifications.

On dit souvent que le travail d’un enseignant est difficilement quantifiable, mais il existe pourtant des études précises et récentes, qui confirment ce constat : notre temps de travail explose ! Deux études sur le temps de travail des enseignant-e-s en 2010 ont ainsi été publiées le 13/07/2013 par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère de l’éducation nationale (DEPP). En voici un résumé :

" En moyenne, les enseignant-e-s du primaire travaillent plus de 44 heures par semaine et ceux et celles du secondaire plus de 41 heures, soit près d’une heure et demi de plus qu’en 2008. Les professeur-e-s des écoles débutant-e-s travaillent plus de 52 heures par semaine, et les professeur-e-s nouvellement certifié-e-s plus de 45, ce qui confirme l’urgence d’une réduction du service des stagiaires bien en-deçà du mi-temps de la réforme Peillon, mais aussi des titulaires pendant leur premières années d’exercice, pour une entrée progressive dans le métier. Le temps de travail augmente à nouveau de manière importante à partir de 60 ans : cela doit renforcer notre détermination à lutter contre l’augmentation des années passées au travail.

Enfin, les vacances sont certes des périodes sans cours, mais certainement pas d’arrêt du travail. Les enseignant-e-s travaillent en effet une vingtaine de journées de vacances par an en moyenne."

(NB : Tous les chiffres de cet encart sont issus des enquêtes de la DEPP)

Partageons le travail !

Sans entrer dans le débat sur le caractère épanouissant ou avilissant du travail, davantage lié à sa nature qu’à sa durée, on peut simplement rappeler que la diminution du temps de travail obligatoire va dans le sens de l’histoire : repos dominical obligatoire en 1906, journée de 8 heures en 1919, semaine de 40h et 15 jours de congés payés en 1936, 3e semaine de congés payés en 1956, 4e semaine de congés payés en 1969, semaine de 39h et 5e semaine de congés payés en 1982, loi sur les 35 heures en 1998…

Systématiquement lorsque les salarié-es se battent pour obtenir une réduction du temps de travail, il se trouve des pseudo-experts pour rétorquer : « cela n’est pas possible dans le contexte actuel ». Ce sont les mêmes experts qui prédisaient un effondrement de l’économie si on abolissait le travail des enfants. L’époque actuelle ne déroge pas à la règle, et ces experts, regroupant en vrac des idéologues néolibéraux, des financiers, et des profiteurs du système, nous imposent même de travailler davantage. Ainsi par différents moyens, en allongeant les durées de cotisation pour les retraites, en ouvrant l’entreprise le dimanche, en imposant des heures supplémentaires, en supprimant des jours fériés, on cherche à faire trimer toujours plus celles et ceux qui ont un travail.

Or dans de nombreux domaines, compte-tenu du contexte économique actuel, il y a de moins en moins de travail. Cette voie de l’augmentation du temps de travail est donc, en plus d’une régression historique des conditions de vie des salarié-e-s, une impasse pour la société qui pérennise le chômage de masse. En effet, en faisant travailler toujours plus celles et ceux qui ont un travail on condamne les autres au chômage ou au RSA. On se retrouve ainsi en janvier 2014 avec 3,31 millions de chômeurs (chiffres pôle emploi).

La seule solution d’avenir pour les salarié-es est donc de partager le travail. Et la seule solution pour partager le travail est de réduire le temps de travail de ceux qui en ont un, sans réduction de salaire.

Dans l’éducation nationale, cela revient par exemple à réduire les heures devant élèves des enseignants pour créer davantage de postes d’enseignants.

Il est temps de réagir et de revendiquer une diminution du temps de travail, en refusant toute flexibilisation ou annualisation, et donc en défendant la définition du temps de service par des maxima hebdomadaires de service diminués. Et a fortiori en refusant tout travail gratuit.


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